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MA JOURNEE A DIRECT 8

 

 

Prologue : mardi 21 novembre, j’appelle la chaîne de télévision Direct 8, appartenant au célèbre homme d’affaires breton Vincent Bolloré et je demande la rédaction. Je tombe sur Ludovic, chef d’édition des flashes infos, équivalent du rédacteur en chef. Je lui soumets ma requête : je souhaiterais passer une journée à la rédaction de Direct 8 pour rédiger ensuite un article qui paraîtra dans le seul véritable journal digne de ce nom au sein de l’ESC Grenoble, à savoir La Casa. Etonné, il me propose de le rappeler une heure après, le temps pour lui de demander à sa hiérarchie si cela est possible. C’est finalement lui qui me rappelle au bout de 20 minutes. Il me donne rendez-vous le jeudi 23 novembre à 8h au 31, quai de Dion Bouton, 92800 Puteaux (arrêt Esplanade de la Défense).

  Chaîne disponible sur le canal 8 de la Télévision Numérique Terrestre (TNT).

Jeudi 23 novembre 2006

 

8h : j’arrive à la tour Bolloré, quai de Dion Bouton à Puteaux. Une hôtesse m’accueille – très courtoise - et passe un coup de fil à Ludo pour qu’il vienne me récupérer. Première rencontre avec le chef d’édition, version Direct 8 du rédac’ chef. Il m’emmène au second, où je découvre une salle de rédaction … vide ! « A cette heure-ci, on prend le petit déj ‘ » me lance Ludo, qui m’invite immédiatement à prendre un café. Direction la cantine. J’y fais connaissance avec Aurore, stagiaire au service de l’info, et Anne Denis, présentatrice du flash info de 11h50.

8h10 : l’équipe est sur le qui-vive … Ludo et Aurore « check » les dépêches, qu’il faudra trier ensuite. Dans son bureau, Anne Denis s’impatiente, et réclame ses deux « djeun’s » auprès d’elle.

8h20 : la conférence de rédaction peut commencer, dans le bureau très organisé de la présentatrice. On fait le point sur les dépêches du matin : on trie, on commente, on rigole, on en garde quelques unes et on en jette d’autres. Ludo m’explique l’esprit du journal du matin. « Nous, notre ligne éditoriale, c’est plutôt l’actu internationale, contrairement au journal du soir, qui est plus centré sur la France ». « On finit toujours le journal par une info insolite » rajoute Anne Denis. « Le sujet UMP, on le fait en off ? » demande Aurore. Devant mon air abasourdi, l’équipe se met en tête de m’expliquer le jargon journalistique. J’apprends qu’un off est une image commentée, un sonore est une interview de personnalité, montrer la une d’un journal, c’est faire un ban-titre, et que si on a pas d’images, on peut quand même balancer une brève sèche …

8h43 : fin de la conférence de rédaction. Chacun regagne donc son bureau (sauf Anne Denis qui est déjà au sien). Aurore commence à travailler sur le sujet (consacré aux élections aux Pays-Bas). « Mon rôle, c’est de rédiger le texte pour commenter les images qu’on a récupérées ce matin. Je dois récupérer des infos, rédiger le commentaire, puis entre 9h30 et 11h50, j’irai en salle de montage pour poser ma voix sur les images ». Ludo lit et relit les dépêches que lui fournit l’AFP. « Je travaille aussi pour le journal de 9h30, présenté par Bérengère de Termont ». Dans son bureau, la présentatrice lit les quotidiens.

8h59 : Anne Denis vient perturber sa troupe. Elle charrie Ludo, aidée par Aurore. Apparemment, les deux filles jouent à faire craquer le chef d’édition. Lui leur a trouvé des vidéos intéressantes : Tony Blair en train de jouer à la baballe et des images d’un lionceau blanc. L’animatrice décide que la vidéo du Premier ministre britannique fera partie du journal.

9h05 : semblant d’accalmie. Le moment idéal pour harceler tout le monde de questions. Je vais d’abord voir Bérengère. Elle a 26 ans et est sur Direct 8 depuis 1 an. Elle y présente le journal du matin et celui de 9h30. Elle arrive donc à la chaîne à 4h du matin tous les jours (heure à laquelle un Gémien normal rentre chez lui) et ne repart qu’à 14h ! En effet, Bérengère travaille aussi pour le journal gratuit Direct Soir. Aurore, elle, a commencé son stage il y a 2 mois. Elle travaille 4-5 jours par semaine, soit le matin de 8h à 13h, soit le soir de 11h à 20h30 maximum. Ludo lui travaille de 5h (du matin) à 13h du lundi au vendredi, depuis son entrée à D8 en août dernier.

9h20 : Ludo et Bérengère ont disparu … mais que les chantres de la morale se rassurent, Bérengère doit juste présenter son journal (et Ludo l’assister en régie). Aurore commence vraiment à rédiger son sujet. Assise au bureau d’en face, Elise Baudouin, de Direct Soir, travaille d’arrache-pied : le journal doit être bouclé pour 13h et manifestement rien n’est prêt.

9h30 : tout le monde est à son poste, et l’on entend les doigts s’énerver sur les touches des claviers d’ordinateur. Tout le monde est à son poste, pas le temps de se faire des blagues, il faut avancer à tout prix. Elise essaye d’avancer pour Direct Soir, coincée entre la photocopieuse, le téléphone, son ordi et la machine à café.

9h34 : Ludo revient et se remet à travailler pour le flash info de 11h50. Pas même le temps de boire un café, il se remet sur son ordi, scrutant sur le « desk » les infos susceptibles de faire partie du journal. Bérengère se remet sur son bureau, et fouille le Net pour trouver des photos insolites qui paraîtront le soir même en page 2 et 3 de Direct Soir.

9h36 : Emilie Chaussier, présentatrice de Direct Midi, arrive. Suivie d’une armada de journalistes et stagiaires … qui se ruent sur la machine à café. La salle de rédaction fourmille désormais de monde. Ludo, assis au bureau qui fait face à Anne Denis, lui téléphone pour demander des précisions sur le journal. Elle s’empresse de venir le voir, un sourire aux lèvres. Anne Denis est une patronne gentille, disponible, prévenante, qui chouchoute ses collaborateurs … Le monde de la télé n’est décidément pas ce que j’imaginais.

9h43 : mot d’ordre : machine à café ! Quatre personnes gravitent autour et deux se pressent autour de la photocopieuse. Emilie Chaussier, un gobelet à la main, plaisante avec ses collaborateurs. L’ambiance est très agréable et l’esprit « corporate » est bien là. Dans la rédaction, l’ordinateur et le téléphone sont des outils indispensables, de même que le Stabilo. Les gens défilent devant la machine à café jusqu’à 9h50, heure à laquelle Emilie Chaussier rejoint son bureau. Je lui demande des précisions sur son programme. « C’est un magazine d’information où l’on dit des choses sérieuses sur un ton léger » précise-t-elle.

9h51 : je découvre que le salarié type de Direct 8 est un individu protéiforme. Tantôt journaliste, tantôt responsable RP, tantôt rédac’ chef, cette créature ne se repose jamais. En témoignent les horaires de travail de Anne Denis : du lundi au vendredi de 8h à 14h pour le JT plus deux à trois jours par semaine où elle finit à 17h si elle doit animer Culture 8.

10h02 : un grand moment ! Emilie Chaussier raconte à Mickaël Guedj l’histoire d’un extra-terrestre devenu demi-dieu … surnaturel !

10h08 : tout le monde travaille calmement a son bureau. L’heure pour moi d’aller visiter les locaux. Dans les dédales de la tour Bolloré, on trouve toujours quelqu’un d’aimable pour vous indiquer votre chemin. Là en l’occurrence, Bérengère. Toujours souriante, elle m’indique mon chemin tout en me priant de la tutoyer. Il y a vraiment un bon esprit à Direct 8 !

10h13 : je retourne en salle de rédaction. Rien n’a changé, tout le monde travaille encore à son poste. J’allume mon PC pour commencer à taper mon article. L’ambiance est propice au travail. Mais plus pour longtemps.

10h27 : les différents journalistes communiquent tous azimuts. Les téléphones n’arrêtent pas de sonner et tout le monde s’apostrophe. J’en profite pour discuter avec Aude, qui travaille sur l’émission « Face à Alain Minc ». Elle m’explique que la moyenne d’âge à Direct 8 est de 27 ans. Elle en profite également pour m’indiquer la loge des maquilleuses, où je dois rejoindre Anne Denis qui se prépare pour son premier flash info.

10h30, loge des maquilleuses : Anne Denis, un Coca à la main, se fait repoudrer le nez. J’ose pas entrer, de peur de déranger. Un grand sourire m’y invite et je finis par céder. Elle me dit qu’avant d’entrer à Direct 8 elle a travaillé pour la presse écrite (L’Express et Marianne) et aussi pour la télé (Zone Interdite à l’époque de La Villardière). Un jour, elle répond à une annonce, envoie son CV et se retrouve promue animatrice sur Direct 8. A ses débuts, elle faisait le JT du matin et du soir, mais depuis quelques semaines, elle ne présente « plus » que les flashes info de 11h50 et 12h50, et l’émission Culture 8 (excusez du peu !). J’ai du mal à mener l’interview : Anne Denis est le genre de personne dont le regard bleu océan vous transperce. Décontenancée, je laisse les maquilleuses s’occuper d’elle et je redescends à la rédaction.

10h31 : assise à un bureau au deuxième, je regarde tous ces jeunes travailler. Je décide de m’y mettre moi aussi : je révise ma MQAD !!

11H40 : tout le monde au troisième, là où se trouvent les loges des maquilleuses (pour ceux qui ont bien suivi), la régie et les plateaux. J’y retrouve Anne, toujours un Coca à la main, Ludo et Aurore, toujours si accueillants. Ludo me fait découvrir la régie : 26 écrans, plein de boutons, de vidéos, de micros, … et plein de techniciens qui baragouinent dans un jargon incompréhensible. Avant l’émission, tout le monde se souhaite bonne chance. C’est le rush avant le journal. Anne demande qu’on baisse le volume de son oreillette : « Vous m’explosez les tympans là ! ». Dans la régie les références fusent : « Séquence 24, 1 minute, DN Piaf, … ». Sur le plateau de Direct Midi, les animateurs blaguent entre eux.

11h49 : la régie annonce que l’émission commencera avec 52 secondes de retard. Premier décompte avant générique, puis deuxième décompte avant le retour plateau. Le stress monte en régie alors que l’ambiance sur plateau reste détendue.

11h52 : Emilie, souriante, lance le début de l’émission et le flash d’Anne par la même occasion. En régie, ça parle beaucoup, j’ai du mal à suivre entre ce que dit le réalisateur, ce que dit la scripte et ce que dit Anne Denis à l’écran. En tout cas, Emilie Chaussier fait très pro et Anne Denis a l’air angélique à l’écran.

11h59 : en régie, ça s’affole. Le flash info serait trop long. Une chargée de prod propose de le « trapper » (i.e. « couper » en langage normal). Anne Denis reçoit dans son oreillette ce message de la part de Ludo : « on coupe la fin ». A l’écran, on n’y aura vu que du feu.

12h00 : Anne Denis sort en colère car sa fin a été coupée. « Il n’est même pas 12h01 !!! » assène-t-elle, rageuse, à Ludo. Elle fait les cent pas dans le couloir, furieuse. « Pourquoi est-ce qu’on a coupé ma fin alors que j’avais encore le temps ?! » crie-t-elle. Je n’ose pas aller recueillir ses réactions à chaud. Ses yeux nous fusillent du regard.

12h07 : seconde conférence de rédaction dans le bureau d’Anne Denis, dite conf’ de réactualisation. La journaliste semble plus calme. Je lui demande de m’expliquer sur ce qui s’est passé là-haut. « Je n’ai pas apprécié qu’on coupe ma fin sans m’en aviser auparavant. J’aurais juste souhaité qu’on tienne compte de mon avis ».

12h50 : le second flash info d’Anne Denis débute. Tout le monde se demande si cette fois elle aura le temps d’aller jusqu’au bout …

12h59 : l’émission Direct Midi s’achève. Anne Denis aura eu le temps de caser toutes ses infos sans se faire « trapper ». Je la croise devant l’ascenseur. Tout sourire, elle me dit que ça c’est super bien passé et que « c’était cool ».  Elle a l’air épanouie … J’entends dans le couloir Emilie et Majda (chroniqueuse dans l’émission) échanger leurs impressions.

13h12 : je découvre la terrasse de Direct 8, le seul endroit où on peut s’ « en griller une ». J’y retrouve Ludo, Emilie et Bérengère. Après quelques échanges avec Ludo, je me tourne vers Emilie, avec qui je n’avais pas eu le temps de longuement discuter.

13h23 : Emilie et ses grands yeux bleus en amande répondent à toutes mes questions. Elle a 30 ans, et après cinq ans de droit, un passage à l’IFP et de nombreux stages en presse écrite, télé et radio, elle atterrit en mars 2005 à Direct 8. Sur la chaîne, elle présente Direct midi en semaine et les flashes info de 13h le week-end. Elle m’avoue peu regarder la télé. « Je préfère le cinéma ». Un film ou deux à nous conseiller, Emilie ? « Borat, on ne peut pas passer à côté ». Elle me parle également de Short Bus, un film « assez érotique » qui retrace l’histoire de la jeunesse new-yorkaise après le 11 septembre 2001.

13h38 : je redescends à la rédaction (combien de fois aurais-je dévalé les escaliers aujourd’hui ?). La salle de rédaction se vide : c’est l’heure de la pause déjeuner, puis de la pause clope. C’est également l’heure de changement des équipes : les premiers arrivés partent, d’autres arrivent … comme Clélie Mathias, présentatrice du flash info de 19h30, inséré dans l’émission de Morandini. Elle me fixe un rendez-vous à 14h, après son déjeuner.

14h : Clélie, très ponctuelle, m’invite dans son bureau. Elle a 26 ans, a fait Sciences Po Paris, le Cours Florent puis l’IFP (rien que ça ?). Quand je lui demande si ce n’est pas un peu bizarre de la retrouver à Direct 8, elle rigole. « Je me sens bien ici » me confie-t-elle. Elle aussi est arrivée à la chaîne à ses débuts. Elle y présente trois émissions, ce qui explique sa présence 6 jours sur 7 au bureau, surtout l’aprèm et le soir. Ce qu’elle apprécie à D8 ? « L’esprit jeune, solidaire, drôle et la communication entre les services ». Elle en profite pour m’inviter à assister à sa conf’ de rédaction à 15h.

15h : toute l’équipe du journal de 19h30 se retrouve dans le bureau de Clélie … La conférence de ce matin a été utile : je comprends mieux le jargon (sujet, off, sonore, …). La réunion est plus structurée et plus calme que celle du matin. « C’est parce qu’on travaille moins dans l’urgence » me dit Clélie. Avec ses collaborateurs, je la vois batailler pour que le flash ne soit pas trop long, mais aussi pour que ses sujets préférés ne soient pas « trappés » par la production. J’apprends un nouveau mot : « trappable ». Se dit d’un sujet que l’on peut supprimer car pas absolument nécessaire à la bonne tenue d’un flash info. Synonymes de « trapper » : « cramer », « cutter ».

15h48 : fin de la conférence de rédac’. Je vais voir Emilie Chaussier pour qu’elle m’écrive un petit mot. Très gentille, elle s’exécute. Pendant ce temps-là, Aude commence à lire mon article. Elle semble l’apprécier.

15h55 : je descends au montage d’un sujet des l’émission Les livres de la 8 avec un stagiaire dénommé Aurélien. Aujourd’hui, on doit sous-titrer en français l’interview de Jonathan Safran Foer, écrivain new-yorkais. L’interview montée dure 10 minutes. Naïvement, je demande : « Il nous faudra combien de temps pour la monter ? ». « On y travaille depuis 1h, on aura fini dans 1h30 si on est efficaces » me répond la monteuse … Bon courage !

17h16 : je glande à la rédaction quand je vois Caroline Ithurbide traverser la pièce pour rentrer chez elle. Je lui saute littéralement au cou en lui proposant de la raccompagner jusqu’à l’ascenseur pour lui poser des questions sur son parcours et son regard sur Direct 8. Elle refuse ma proposition … mais me propose à la place de prendre place sur des chaises qui traînaient dans le coin ! « On sera plus à l’aise » me précise-t-elle. Je sais qu’elle n’a pas trop de temps à m’accorder. Je lui pose donc mes questions peut-être de manière un peu sèche. Elle a 27 ans et est arrivée à Direct 8 avec un LEA et un passage à l’IFP. Elle y anime Direct Midi le week-end et fait les pages « exclu » de Direct Soir avec Boris. Mais surtout, elle co-présente avec ce dernier le génialissime magazine 88 minutes (que je vous conseille à tous).

17h20 : je viens de prononcer les mots « 88 minutes » et je vois le regard de Caroline se remplir de joie et d’émotion. Quand je lui demande ce que représente ce programme pour elle, elle répond sans réfléchir : « C’est mon bébé ! » avant de rajouter «Enfin, notre bébé, à Boris et à moi ». Elle m’explique qu’elle a porté ce projet à bout de bras, qu’elle a beaucoup travaillé pour vendre le programme à D8 et qu’elle est fière de ce magazine. Elle aussi se sent bien à Direct 8. Je commence à comprendre que D8 est vraiment une chaîne de passionnés.

17h25 : cela fait bientôt dix minutes que Caroline Ithurbide aurait du partir. Je suis ravie de voir que pour répondre à mes questions elle accepte de partir cinq minutes plus tard. Je lui demande de nous dévoiler quelques infos sur les futures émissions. Elle m’annonce qu’un numéro spécial « Un an de 88 minutes » sera diffusé le 9 décembre, avec Roselyne Bachelot (marraine de l’émission), Jean-Jacques Annaud (premier invité de Direct 8) et d’autres invités tout aussi intéressants.

17h30 : Caroline doit vraiment filer. Cependant, elle insiste pour que je lui envois un exemplaire de mon article, et me laisse donc son adresse mail. « Tu n’es pas là demain ? » me demande-t-elle. « Moi je serai là toute la journée ». Malheureusement, je suis prise toute la journée du vendredi 24. « Tu n’as qu’à venir samedi à l’émission ? Si tu veux ramène des copines ».

17h35 : je redescends en salle de montage. On en est à plus de 7 minutes. Il reste donc moins de trois minutes à sous-titrer … Le plus dur selon moi dans ce sous-titrage ? Faire en sorte que les sous-titres soient parfaitement en phase avec ce que dit l’auteur.

18h15 : Ouf ! Le sous-titrage est fini. Il reste à visionner la cassette une dernière fois avant de l’envoyer au mixage.

18h18 : Majda vient nous rendre visite en salle de montage. Elle tente de nous distraire. A cette fin, elle nous invite à fumer une clope avec elle ... Ca tombe bien, nous avions fini !

18h31 : je remonte en salle de rédaction. La pièce est à moitié vide, mais Clélie et Guillaume Zeller sont là. Je me rends compte que Guillaume est présent depuis mon arrivée ce matin. Consciencieusement, il prépare son émission du lendemain.

18h33 : moment d’anthologie. Course poursuite dans les bureaux de D8 entre Guillaume Zeller et Romain. Un verre à la main, ce dernier court après Guillaume pour se venger d’une mauvaise blague. Pour se prémunir de toute attaque, Guillaume se réfugie sur une table. Feinte de Romain, qui se rassied à sa table. Guillaume ne voit pas venir le coup, et se remet aussi à son bureau, quand surgit derrière lui Romain et l’arrose d’eau. Guillaume se venge en lui aspergeant du gel en bombe dans le pantalon. Romain s’empare alors du nettoyant pour vitre. A armes égales, le combat n’en est que plus intéressant !

18h40 : le péplum vient de s’achever et je peux donc interroger le gladiateur Guillaume. J’apprends qu’il a 30 ans, qu’il sort de Sciences Po et qu’il est aussi titulaire d’un DEA d’histoire. Il est à Direct 8 depuis mars 2005. Quand je lui demande s’il aime travailler ici, ses yeux s’illuminent. Un mot pour encourager nos étudiants à venir chez vous ? « Le bizutage est assez violent pour les stagiaires, mais je ne peux pas vous en dire plus » me répond-il plein de malice.

18h45 : je me rassieds au bureau que l’on m’a gentiment prêté pour la journée. Les idées fourmillent dans ma tête. Comment vais-je réussir à raconter tout ce qui s’est passé dans cette rédaction depuis 15h48 ? Un stagiaire me glisse négligemment « Tu as visité la cantine ? ». Je me rends compte que je n’ai pas mangé de la journée et qu’une visite au self s’impose.

18h46 : je découvre la cantine. En fait, « cantine » n’est pas le mot approprié. Parlons plutôt de « restaurant d’entreprise » : les tables sont en bois clair, le sol est à moitié recouvert de parquet, à moitié de moquette, la décoration est très harmonieuse et les sièges sont confortables. Pour couronner le tout, les mets sont exquis.

18h55 : retour à la salle de conférence où je fais connaissance avec Emilie Le Dez, qui m’accueille pour la deuxième partie de mon « stage » d’observation. A ses côtés, je dois découvrir comment fonctionne l’émission Les livres de la 8, présentée par François Busnel. Dans le bureau à côté, je vois Clélie qui peaufine son intervention puis file au troisième (là où se trouvent les studios).

19h : je remarque qu’Ariane d’Hautefort, présentatrice de Dieu Merci et de Direct Midi le week-end, est là depuis quelques minutes. Elle semble très occupée. Je la laisse travailler et m’installe derrière mon portable pour peaufiner moi aussi mon article.

19h45 : Clélie revient du studio. Elle vient de finir son flash info. Je lui demande si les sujets qu’elle a proposés ont tous été retenus. Elle répond oui avec un grand sourire aux lèvres. Je lui demande si le flash s’est bien passé. Elle répond oui, toujours avec un grand sourire aux lèvres. Je lui demande si ça signifie qu’elle ne ressent plus de trac. Elle m’arrête avant que je ne finisse ma question. « Il y a toujours un peu d’adrénaline, un petit coup de flip’ avant de commencer. Le jour où je n’aurai plus le trac, ça ne vaudra plus la peine de faire ce métier ». Elle m’explique enfin qu’elle vérifie si de nouvelles dépêches ne sont pas arrivées et qu’elle apprend ensuite son texte pour le flash suivant.

20h29 : Clélie passe à l’écran pour son dernier flash. Entre temps, une dépêche AFP vient d’arriver : l’acteur Philippe Noiret est mort. Clélie a eu le temps d’intégrer cette brève à son journal, signe que son équipe et elle-même sont vraiment efficaces. A la fin du flash, je vais la voir pour lui poser d’autres questions, à tête reposée.

20h35 : je suis avec Clélie dans son bureau. Je remarque quelques objets étranges traîner sur son bureau : un ballon du FC Metz dédicacé, une théière et des stylos en forme de poissons. « Le ballon, c’est une private joke » me confie-t-elle. « La théière, c’est parce que je ne fume pas et je ne bois pas de café. Par contre, j’aime beaucoup le thé ». Quant aux stylos en forme de poissons, elle m’explique qu’elle a pris l’habitude de présenter Touche pas ma planète avec ces stylos. Dans la foulée, elle me montre ce qu’est un fil AFP, puis on discute un peu de tout et de rien. Elle me révèle entre autres qu’elle aime beaucoup les séries américaines, mais qu’elle est encore plus fan de cinéma.

21h11 : Clélie finit sa journée et rentre chez elle. En partant, elle vient s’enquérir de mon état de satisfaction. Ariane est toujours derrière son bureau. Je me tâte pour aller l’interroger.

21h20 : je prends mon courage à deux mains et m’approche subrepticement du bureau d’Ariane. Le calme de la rédaction m’incite à chuchoter : « Puis-je vous déranger ? ». Elle se retourne étonnée. Je lui explique la raison de ma présence à D8 et l’étonnement laisse alors place à l’amusement. Ariane a 25 ans. Elle entre à Direct 8 en août 2005 après une licence d’histoire et l’ESJ, où elle a connu Anne Denis. Elle présente Dieu merci (une émission théologique) le samedi et Direct midi le week-end. Elle aime la liberté de ton et l’ambiance « jeune » de la chaîne. Elle s’y sent tellement bien qu’elle rajoute : « Je ne suis pas prête à aller ailleurs ». Elle me fait également découvrir le « streamlog », sorte d’intranet auquel n’ont accès que les journalistes de la chaîne et qui leur permet de relire les trois derniers mois d’antenne.

21h30 : une discussion s’engage entre Ariane, Valérian (qui travaille pour l’émission Les livres de la 8) et moi au sujet de Dieu merci !. Ariane explicite le concept de l’émission : 2 ou 3 invités - essentiellement chrétiens ou juifs - qui interviennent sur un sujet défini auparavant par Ariane et Hadrien Lecoeur. « C’est difficile de présenter une telle émission, cela peut susciter de nombreuses incompréhensions, surtout qu’on traite de sujets sensibles » reconnaît-elle. Elle s’empresse de préciser qu’elle aime  cette émission et que les messages encourageants des téléspectateurs la confortent dans son choix de présenter ce programme.

21h40 : retour à la case « Terrasse » avec Ariane, Valérian et Emilie. On m’a souvent répété dans ma vie qu’il ne fallait pas se fier aux apparences : j’en fais l’expérience. Ariane, que je pensais froide et introvertie, se révèle extrêmement sympa et chaleureuse. Elle plaisante avec tous, s’intéresse à tout ce qui se dit et relance les discussions dès qu’elles retombent un peu à plat. Emilie aussi est super sympa. Cela fait plus de deux heures que je la suis pour lui poser des questions et elle répond avec toujours autant de courtoisie.

21h50 : nous redescendons en salle de rédaction. Un journaliste encore présent nous annonce que les invités de l’émission Les livres de la 8 commencent à arriver. Aurélien est déjà allé en chercher un à l’accueil. Valérian va les rejoindre.

21h52 : François Busnel arrive. C’est le présentateur de l’émission. C’est un grand professionnel : patron du magazine Lire, journaliste à l’Express, il maîtrise entièrement son sujet. Il semble un peu stressé. J’apprendrai plus tard que c’est toujours le cas avant l’émission. Avec Emilie, ils font un point sur les invités. Ils établissent le plan de table, puis François relit ses fiches de lecture. Il file ensuite au maquillage.

22h30 : l’émission commence, après le décompte de la régie. Sont présents Alice Ferney, Patrick Rambaud, François Salvaing et Hervé Algalarrondo.

22h56 : Ariane quitte le travail. En partant, elle me lance : « Au revoir, Miss ! ». Absorbée par mon article, je ne réagis pas. Elle répète avec un grand sourire : « Au revoir ! ». D’un coup, je percute : Miss, c’était donc moi ?! Embarrassée, je bafouille : « Merci, au revoir, rentre bien ».

23h08 : dans la cantine, avec une invitée, son attachée de presse et Mathieu, photographe, je regarde l’émission sur un des nombreux écrans plats qui ornent les murs. L’émission est en direct, mais François s’en sort tellement bien que je me surprends à en douter. Et si je filais en régie pour vérifier tout ça ?

23h23 : en régie avec Valérian et Emilie, je regarde l’émission sous différents angles : 26 écrans, ça aide ! J’entends le réalisateur donner des instructions pour qu’apparaissent à l’écran les noms des auteurs. Les interviews s’enchaînent avec beaucoup de fluidité.

23h47 : l’émission se termine avec un peu de retard. Les invités sortent du plateau et vont se faire démaquiller. On vérifie que le banquet est prêt. Puis on grimpe tous dans l’ascenseur (François, les invités, Emilie, Valérian, Aurélien et moi) pour redescendre au 2e. Arrivés au banquet, l’ambiance se détend : on revient sur l’émission puis les invités échangent des anecdotes, se découvrent des amis en commun, rigolent,  … L’ambiance est très détendue.

00h : les taxis des invités sont là. La cantine se vide, et même Mathieu nous quitte. François et Emilie entament un petit débriefing de l’émission. Ensuite, ils élaborent le planning des tâches à effectuer pour les prochaines émissions. François est beaucoup plus détendu que tout à l’heure. Il nous raconte même des blagues. J’apprends qu’il connaît personnellement Fréd (-éric Beigbeder) et Ariel (Wizman).

Tard dans la nuit : François repart chez lui. Peu de temps après, Aurélien part aussi. Nous restons Valérian, Emilie et moi dans la rédaction. Emilie et Valérian me posent alors plein de questions sur ma journée à D8. Je leur réponds que je me suis vraiment bien amusée, qu’on peut d’ailleurs carrément dire que j’ai A-DO-RE ! Je leur conseille de lire La Casa pour en savoir plus.

Toujours tard dans la nuit : Valérian va faire un tour dans la tour (l’heure tardive à laquelle je vous retranscris cela m’accule à faire ce genre de jeu de mot débile). Emilie et moi discutons de tout et de rien. Elle me parle d’égal à égal, comme elle le ferait sans doute avec une copine. Je me sens tellement à l’aise que je me permets de lui demander des conseils sur des sujets ultra-persos. Sans hésiter, elle me donne son avis, me parle de son expérience personnelle et me prodigue ainsi de précieux conseils. Elle me donne même son numéro de téléphone. Tout au fond de moi, je commence à baliser : comment vais-je pouvoir remercier toutes ces personnes adorables qui ont fait de ma journée un rêve éveillé ? En rédigeant un article fidèle à ce que j’ai ressenti ? La pression monte d’un cran.

03h55 : Valérian est revenu. Avec Emilie, nous débattons des joies et des difficultés du métier de journaliste, quand Bérengère de Termont entre dans la rédaction : c’est sa journée qui commence ! Amusée de me voir encore là, elle me lance : « Ca a été ta journée ? », puis vient me faire la bise. La voyant de nouveau à son bureau, je me rends compte que ça fait un petit moment que je squatte chez Bolloré. Il serait peut-être temps que je rentre chez moi.

04h10 : je quitte la tour Bolloré. Emilie m’a raccompagnée à l’accueil. On se fume une dernière cigarette. J’en profite pour la remercier de m’avoir guidée pendant toute la seconde partie de ma journée. Je la remercie aussi pour la discussion privée que l’on a eue. Le taxi arrive. Je grimpe dedans et rentre chez moi, après 20 heures passées à Direct 8.

 

Epilogue : en me réveillant le lendemain, ma première pensée va à Direct 8. J’y ai vraiment passé une bonne journée. Certes, mon article ne correspondra absolument pas à ce que j’avais imaginé avant : je ne pourrai pas décrire une rédaction à feu et à sang, je n’aurai aucune info croustillante à dévoiler, pas de tensions à vous retranscrire, pas de disputes à vous relater. Il doit sûrement y en avoir, comme dans toute entreprise. Mais cela ne transparaît pas. Les journalistes de D8 sont très professionnels. Les gens sont prévenants, accueillants et souriants, même après une dure journée de travail. Dans de telles conditions, quoi de plus normal que de ne pas souhaiter travailler ailleurs ?

 

Neila Latrous

 

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